Mémoire en marche, Frangy, mardi 20 novembre 20h30

« Ils ont déroulé leurs souvenirs comme des parchemins, dans l’éloquence de leur vieillesse ».

Ils se nomment Issa Cissé, Alioune Fall, Dahmane Diouf ou encore Saïdou Sall. Tirailleurs sénégalais, ils ont débarqué en août 1944 sur les plages de Provence pour libérer la France. Qui sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Julien Masson est parti à leur rencontre,sur leurs traces aussi et celles de leurs descendants. Partagé avec des collégiens savoyards, un voyage de mémoire et un hommage, pour mieux embrasser la diversité et la richesse de notrepays.

Synopsis

Après avoir écouté le discours de François Hollande du 15 août 2014, les jeunes d’un collège français s’interrogent sur ces soldats noirs débarqués en Provence 70 ans auparavant à qui le Président rend hommage.

Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils venus libérer la France ? Que sont-ils devenus ?

Pour répondre à leurs interrogations, Julien Masson se lance sur les traces des tirailleurs sénégalais durant la Seconde Guerre mondiale. Une enquête qui débute au Sénégal à la rencontre des anciens combattants, mais aussi de leurs descendants et des historiens. Un voyage au cœur de la mémoire des Africains et de leur vision de cette guerre qui a marqué les esprits et a emporté grands nombres de leurs parents.

L’aventure se poursuit en France. Depuis Saint-Tropez Julien se lance dans une longue marche en suivant la mémoire des tirailleurs, sur le fil du débarquement de Provence. Il nous invite à la découverte de la France d’aujourd’hui et de sa mémoire de la guerre. Il nous conduit jusqu’en Alsace, là où les troupes triomphales furent « blanchis », en passant dans le Vercorsoù le destin des tirailleurs croisa celui des résistants. Là où ils œuvrèrent ensemble à la libération de la région, les élèves du collège viennent rendre hommage à ces combattants africains en marchant quelques jours sur leurs pas.

Tout au long du film et de l’enquête, la transmission des mémoires se fait grâce à un dialogue qui s’instaure entre les témoins de l’histoire et les élèves du collège.

Un documentaire sous la forme d’un voyage à la fois historique et contemporain, mais avant tout collectif et humain, aux sources de la diversité qui fait la richesse de laFrance.

note d'intention

Depuis plus de dix ans, je parcours le monde avec l’envie d’apprendre et une grande curiosité. Plusieurs mois par an, je voyage en Afrique à la rencontre de ses peuples et de leurs histoires. Trop souvent, dans mon aventure, je me confronte à l’oubli. Comme si un voile épais recouvrait ceux à qui l’Histoire ne daigne laisser la parole. Alors, je tente de récolter des témoignages, grâce à la photographie, la vidéo et l’écriture, afin de les exposer au plus grand nombre.

Chacun de nous, à sa façon, a vécu la Seconde Guerre mondiale : racontée par les anciens, expliquée par les professeurs, exposée à la télévision. Nous en sommes tellement imprégnés que nous pensons tout connaître d’elle : ses héros et ses traîtres, ses champs de bataille et d’honneur, ses glorieux monuments et ses horreurs. Un jour, j’ai appris l’existence d’anciens combattants africains qui se seraient battus pendant la Seconde Guerre mondiale. Curieux, j’ai commencé à m’intéresser au sujet. Je connaissais vaguement le rôle des Maghrébins grâce au film Indigènes. Mais là, soudain, je découvrais l’histoire de la « Force Noire ». Non seulement des milliers d’Africains subsahariens s’étaient battus pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale, mais ils avaient aussi participé aux boucheries de la guerre précédente. Depuis la création du corps des « Tirailleurs Sénégalais » en 1857 par le général Faidherbe jusqu’aux indépendances des colonies françaises au début des années 1960, ils connurent toutes les guerres : de la conquête coloniale, dont ils furent l’un des piliers, jusqu’aux guerres d’Indochine et d’Algérie en passant par les deux conflits mondiaux. Des milliers périrent dans les tranchées de la Grande Guerre.

Ils s’avérèrent décisifs dans la bataille de Verdun en prenant le fort de Douaumont. Et dire que je ne savais rien d’eux ! Je n’en avais jamais entendu parler. J’appris que le Noir au sourire bon enfant des boîtes de chocolat Banania représentait la caricature d’un de ces soldats sans nom d’une histoire oublieuse. J’étais bouleversé. Je pensais connaître, un peu, la Seconde Guerre mondiale car, depuis l’enfance, je n’avais cessé d’interroger à son sujet. Mais personne, aucun professeur, aucun parent, aucun livre, ne m’avait parlé des tirailleurs sénégalais. Aujourd’hui, lorsque je les évoque, il est évident que leur histoire, leurs faits d’armes, leur existence même, restent fort méconnus.

Le temps passe et précipite l’effacement de la mémoire. Bientôt, il restera seulement ce qu’on a voulu garder de l’histoire, des morceaux choisis : le récit des vainqueurs et des dominants. Alors, puisque les manuels scolaires n’en font pas écho, que la presse se fait discrète et les films timides, je me suis demandé avec inquiétude qui se souviendra des centaines de milliers d’Africains qui se sont battus pour la France durant cette fameuse guerre mondiale ? Qui retiendra que Brazzaville fut la capitale de la France Libre ? Qui saura encore que près de 150.000 Africains débarquèrent sur les plages de Provence pour libérer le pays ? Qui évoquera le courage de Mamadou Addi Bâ, de Charles N’Tchoréré et de Samba N’Dour ? Oui, je me suis demandé qui se souviendra des milliers d’anonymes qui quittèrent leur famille, leur foyer, leur terre pour éradiquer le fascisme en Europe. Je ne peux supporter l’idée que leur mémoire s’efface comme s’est diluée celle de leurs ancêtres. Ma décision était prise : j’irai à leur rencontre.

Ainsi, je me suis lancé dans cette aventure passionnante : retrouver des survivants de la Seconde Guerre mondiale et relever leur témoignage. Au Sénégal, je suis allé à la rencontre des derniers témoins de ce pan de l’histoire. Durant des mois, j’ai écouté et enregistré leurs propos. Ils ont déroulé leurs souvenirs comme des parchemins. Dévoilé le passé dans l’éloquence de leur vieillesse.

Puis, j’ai voulu leur rendre un hommage personnel en marchant plus de 700 km sur leur trace. De Saint-Tropez, où ils débarquèrent en août 1944 (lors du débarquement de Provence - opération Anvil Dragoon) pour libérer le pays, jusque dans le Vercors où cinquante-trois d’entre eux se sont battus dans la Résistance. J’ai continué mon pèlerinage en véhicule et sillonné la France de lieux de mémoire en champs de bataille (plaque de Samba N’dour à Romans-sur-Isère, tata sénégalais de Chasselay, monument à la mémoire de Mamadou Addi Bâ à Épinal, cimetière de l’armée coloniale à Colmar etc.).

Je reviens de ce long voyage dans les remous et les plis de l’Histoire avec les noms, les témoignages, mais surtout les visages des derniers tirailleurs qui ont fait la Seconde Guerre mondiale. Puissent l’ouvrage photographique, l’exposition et le film vous les révéler. Puissent-ils être un modeste hommage à Issa Cissé, Cheikh Fall, Amadou Lamine Sow, Matar Fall, Saïdou Sall, Dahmane Diouf, Ndiogou Dieye et à tous les Africains qui se sont battus pour notre liberté.

un film sur la trasmission de la mémoire

À la base de ce film et du projet pédagogique, il y a l’envie d’inviter les collégiens au voyage. De les plonger dans une enquête historique et leur faire découvrir le métier de reporter. Ainsi, ils ont suivi et participé à cette aventure quotidiennement tout au long de l’année scolaire jusqu’à poser leur pas dans ceux des résistants et des tirailleurs sénégalais lors d’un voyage dans le Vercors.

 Il est important de connaitre le passé pour comprendre le présent et envisager l’avenir.Le sujet traité a permis aux élèves d’appréhender le monde d’aujourd’hui, les inégalités, les libertés et les enjeux planétaires.

Ce film parle d’une rencontre, celle entre deux générations issues de deux peuples distants pourtant liés par l’Histoire. La transmission de cette mémoire est un pont entre ces peuples et amène à comprendre la diversité de notre pays.